CNRS
En Fr

Partenaires


Coordonnées

  • Centre d'Etudes Himalayennes
    UPR 299 - CNRS
  • Campus Condorcet
  • Bâtiment de recherche Sud
  • 5, cours des Humanités
  • 93300 Aubervilliers
  • France
  • Tel : 01 88 12 11 03
  • himalaya[at]cnrs.fr
  •  
  • Venir nous voir
  • Intranet
  •  



Accueil > Documentation

BOULNOIS Lucette (1931-2009)

In memoriam par Marie Lecomte-Tilouine [1]

Lucette Boulnois, dont les deux parents se sont enrôlés dans l’armée française, a beaucoup voyagé durant son enfance et a développé très tôt le goût des langues étrangères. Elle s’est ensuite consacrée à l’étude du russe et du chinois à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales de Paris, où elle a obtenu son diplôme en 1953. Elle a d’abord travaillé comme bibliothécaire au Centre de documentation sur la Chine contemporaine de l’École Pratique des Hautes Études et a commencé à travailler au CNRS en 1963 comme "Ingénieur de recherche". En 1965, elle rejoint le centre de documentation de la nouvelle équipe "RCP Népal" (dirigée par J. Millot), hébergée par le Musée de l’Homme. Comme le rappelle Corneille Jest, l’un des membres fondateurs de cette équipe : "à l’époque, le centre n’abritait que quelques livres tirés de la bibliothèque principale du musée". Dès sa création, Lucette Boulnois a supervisé la conception et l’organisation des ressources documentaires du Centre d’études népalaises (plus tard : Centre d’études himalayennes). Elle a remarquablement bien géré la bibliothèque pendant près de trente ans, contribuant à en faire l’un des centres les plus importants au monde dans son domaine au moment de sa retraite en 1992. Lucette Boulnois a non seulement soigneusement catalogué toute la documentation dont elle était responsable, mais elle a aussi indexé de manière quasi exhaustive toute une série de publications anciennes relatives au Népal et identifié les endroits où celles-ci étaient disponibles en France et à l’étranger. Cet ouvrage, dont on ne saurait trop insister sur l’importance, est mis à la disposition des chercheurs et des étudiants qui utilisent le Centre d’études himalayennes du CNRS sous forme de fichier (malheureusement, les références de publications n’appartenant pas au CEH n’ont pas encore été numérisées), mais aussi de toute la communauté internationale, dans la publication La Bibliographie du Népal. Organisé par thème, le premier volume de cette bibliographie est consacré aux sciences humaines. Publié par les Editions du CNRS en 1969, il répertorie toutes les références relatives au Népal dans les langues européennes qui ont été publiées jusqu’en 1966. Lucette Boulnois a ajouté à ce volume en 1977 un important supplément couvrant la période 1967-73. Dans le tome 1 du volume 3 de la Bibliographie du Népal, publié en 1973, Lucette Boulnois a fourni un autre outil précieux qui mérite d’être mentionné : un index de toutes les cartes du Népal conservées dans les bibliothèques à Paris et à Londres. Il convient de noter ici que l’intérêt de Lucette Boulnois pour la cartographie l’a amenée à apporter une contribution importante à notre connaissance de la guerre entre le Népal et le Tibet ("Chinese maps and prints on the Tibet-Gorkha war of 1788-92", Kailash, 1989, vol.15, N° 1/2, p.83-112).

Grâce à son travail acharné, Lucette Boulnois a offert aux spécialistes du Népal un véritable moteur de recherche bien en avance sur son temps, et elle a organisé les disciplines en les classant et en les indexant par mots clés. Elle a poursuivi ce travail de façon plus complète au cours des années suivantes en publiant de nombreux articles en anglais sur la littérature relative à la région himalayenne et sur la recherche française menée dans cette région (plusieurs de ces articles, écrits par elle ou en collaboration avec d’autres, ont été publiés dans le European Bulletin of Himalayan Research (1981, vol.1), N°3, p.23-33 ; 1986, vol.6, N°1, p.51-75 ; 1992, N°3, p.23-39 ; 1992, N°4, p.22-31 ; 1996, N°11, p.77-80).

Lucette Boulnois était non seulement une bibliothécaire et une assistante de recherche exceptionnelle, mais elle a aussi jonglé avec une carrière remarquable comme chercheuse. Pendant son temps libre, pendant ses vacances et ses week-ends, mais aussi, comme le rappelle Katia Buffetrille, chaque matin avant d’aller travailler, elle consacrait du temps à ses propres recherches. Son premier livre, La Route de la soie, est paru chez Arthaud en 1963. Réédité deux fois, et entièrement révisé dans son édition Olizane (La Route de la soie : Dieux, guerriers et marchands, Genève : Olizane, 2001, 558p), le livre a été traduit en neuf langues (anglais, allemand, espagnol, polonais, hongrois, portugais, italien, japonais et chinois). Elle explique la genèse de ce livre dans une interview à l’A360 : "Ce n’est pas la révélation d’un vieux carnet de voyage qui m’a attiréd dans ces régions, mais la lecture régulière des journaux soviétiques. Par loyauté familiale peut-être ? Par respect pour mes lointains ancêtres russes, et aussi parce qu’ils m’ont fait lire les grands écrivains du XIXe siècle ? J’avais appris le russe à l’Institut national des langues et civilisations orientales. Dans les années 1950, je parcourais régulièrement la presse des cinq républiques soviétiques d’Asie centrale ; plus que la littérature, la lecture des journaux donne une image vivante des pays et de leur population. J’ai aussi fréquenté de bonnes librairies russes à Paris, dont la Maison du livre étranger, rue de l’Eperon. Un jour, portant un livre que je voulais traduire, je me suis présentée à Sylvain Contou des Editions Arthaud. Il a refusé mon offre de traduire le livre, mais il m’a fait une autre offre : il prévoyait de publier un livre sur la Route de la Soie dans la série Signes des temps. C’était une idée aventureuse puisque les régions en question étaient fermées aux étrangers à cause de la guerre froide. L’image des Occidentaux était plus proche de la légende que de la réalité : comme des enfants qui, en lisant Jack London, imaginent le grand nord grouillant de trappeurs, nous avions une image de ces pays semblable à Mille et une Nuits... J’ai moi-même été attirée par l’Orient et l’Extrême-Orient. Ayant passé deux ans à Hanoi, j’avais été captivée par la fascination et la domination de la civilisation chinoise. Je peux vous dire que j’ai accepté cette offre et que je me suis immédiatement mise au travail."

La route de la soie a révélé l’Asie centrale soviétique et chinoise au lectorat français, comme le rappelle son amie et collègue Jacqueline Thevenet.

En 1972, Lucette Boulnois termine une thèse à l’EPHE de Paris sur la route commerciale entre le Népal et la Chine et ses conséquences socio-économiques sur le Népal depuis 1950 ("Les échanges entre le Népal et la Chine et leurs implications socio-économiques au Népal depuis 1950").

Somme toute, la contribution de Lucette Boulnois à l’étude du Tibet a été tout aussi remarquable. Rémi Chaix, qui poursuit certains axes de recherche initialement explorés par Lucette Boulnois, propose l’évaluation suivante, qui en souligne l’importance et la pertinence :

"La contribution de Lucette Boulnois aux études tibétaines se caractérise par son approche unique des faits économiques dans le monde himalayen. L’approche quantitative de l’histoire économique de cette région reste un domaine totalement négligé en Tibetologie. Le travail de L. Boulnois n’a pas encore été aussi exposé qu’il le mérite, tant en ce qui concerne l’utilisation des données qu’elle a si méticuleusement recueillies et interprétées que l’approche méthodologique adoptée. Ses recherches, basées sur des sources chinoises, népalaises et occidentales, sur la poudre d’or et les pièces d’argent au Tibet (publiées sous le titre Poudre d’or et monnaies d’argent au Tibet, Paris, CNRS, 1983) sont un appel aux tibétains à poursuivre leur collecte et leur utilisation des données en tibétain, désormais ponctuées par la brillante démonstration faite par L. Boulnois des réseaux de communication et des échanges de marchandises, ainsi que pour leur production et leurs usages."

La liste des publications de Lucette Boulnois est disponible dans le catalogue du Centre de documentation qu’elle a créé et géré : http://www.vjf.cnrs.fr/clt/html/doc/catalogue.htm.

Tous les membres de l’équipe du Centre d’études himalayennes, avec qui elle a travaillé pendant près de 30 ans, souhaitent lui exprimer ici leur gratitude.

Mots-clés : histoire, échanges, commerce, route de la soie, route de la soie, or

Travail sur le terrain : Chine, Tibet, Népal, Asie centrale

Publications principales :

1963/ 1986 / 1992, La route de la soie, Paris : Olizane, 393 p., cartes. Traductions publiées à l’étranger : allemande : 1964 ; anglaise : 1966 ; espagnole : 1967 ; polonaise : 1968 ; hongroise : 1972 ; japonaise : 1980 ; chinoise : 1982 ; italienne : 1993 ; portugaise : 1999.

1983, Poudre d’or et monnaies d’argent au Tibet (principalement au 18ème siècle), Paris : Centre national de la recherche scientifique, 248 p., illustr., carte dépliante. (Cahiers népalais). Traduction chinoise : 1999.

2001, La Route de la soie : Dieux, guerriers et marchands, Genève : Olizane, 558 p., cartes.


[1Anthropologue et ancienne membre du CEH