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Séminaire CEH – mercredi 29 mai 2019

de 10h00 à 13h00, avec la participation de Gérard Toffin (CNRS-CEH) et Lise Landrin (PACTE, Université de Grenoble)

 
 
 
Sur le Campus CNRS, 7, rue Guy Môquet, Villejuif
 

A ceux d’entre vous qui n’êtes pas du campus CNRS de Villejuif : prière de noter qu’il vous faudra laisser une carte d’identité à l’entrée (plan Vigipirate).
 
 
Salle de conférence, rez-de-chaussée du bâtiment D

 

Gérard Toffin

Réseaux et territoires au Népal. Usages et représentations de l’espace dans les danses rituelles néwar (vallée de Katmandou)

Après avoir discuté des rapports entre Rituel et théâtre (à propos du théâtre religieux newar) puis du thème Egalité et hiérarchie (Pyangaon revisité), je me propose dans ce troisième exposé ayant pour cadre le Centre d’études himalayennes de traiter de quelques aspects religieux de l’espace dans la vallée de Katmandou à propos des circulations de danseurs masqués néwar. J’analyserai ces flux en termes de territoires et de réseaux. L’opposition entre territoires fermés sur eux mêmes, souvent endogames et aux limites bien établies (brouillées cependant depuis quelques décennies par le développement des zones périurbaines), et flux reliant ces territoires Les dix-neuf masques de la troupe de Nardevi/Svetajima (Katmandou)les uns aux autres dans l’espace englobant de la vallée de Katmandou est en effet une donnée constitutive qui s’impose à l’analyse et donne à réfléchir.

Les déplacements de danseurs néwar de village en village ou de ville en ville ne sont pas nouveaux. Ils existaient de longue date, dès l’époque Malla (XIII-XVIIIe siècle), peut-être même avant et étaient soumis à des règles très strictes, principalement d’ordre rituel. Ils correspondaient à des dates du comput lunaire précises. Ils renvoient donc à des modèles dits traditionnels et ils perdurent aujourd’hui. Ces flux mettent en évidence des espaces sacrés ponctués de lieux saints et de sanctuaires dédiés à des divinités. Historiquement, ils ont joué un rôle déterminant dans le sentiment d’appartenance des habitants autochtones de la vallée à une même culture ainsi que dans l’unité profonde de la civilisation néwar au-delà de ses particularismes, de l’isolationnisme de ses localités et des conflits armés d’antan.

Les itinéraires qu’empruntent les troupes de danseurs masqués lors de leurs performances rituelles mettent en lumière l’existence de kṣetra (sanskrit), "domaines religieux, résidences, étendues de terre" spécifiques, associés à chaque divinité dans la vallée. Cette notion doit être distinguée de celle de ilākhā, un terme qui désigne une juridiction, un territoire au sens plus administratif, et qui relève donc plutôt du politique (bien qu’il puisse parfois prendre lui aussi un sens religieux). Chaque puissance divine possède son kṣetra, sur lequel elle règne et qu’elle protège. Ces lieux saints sont connectés. Leurs temples forment des ensembles qu’animent rituels et pèlerinages. Les kṣetra entrent parfois en concurrence les uns avec les autres. C’est une forme particulière de territorialité qui s’exprime ici.

Mon exposé entend souligner l’importance des géographies sacrées, parcourues toujours dans le même sens, entrecoupées de mêmes étapes, accompagnées de mêmes gestes, de mêmes mouvements, dans la définition d’un territoire partagé par les membres d’un même groupe ethnique. Sanctuaires, lieux saints, danses et fêtes locales néwar ressuscitent un temps long véhiculé par une mémoire ancestrale enfouie dans le sol, les toponymes, les différents espaces habités ou exploités. Les circuits religieux répondent souvent à des aspirations personnelles, spirituelles et permettent de gagner des mérites pour une vie future. Ils jouent cependant aussi un rôle fondamental dans l’établissement du lien social et dans la formation de sentiments d’appartenance.

Image : Les dix-neuf masques de la troupe de Nardevi/Svetajima (Katmandou) (County Museum of Art, Los Angeles, USA). Leurs danseurs circulent tous les douze ans dans la vallée de Katmandou et de Banepa. © G. Toffin, 2019

 

Lise Landrin

Le théâtre pour une recherche-création dans le Népal rural : déclencher et restituer des savoirs

Quels sont aujourd’hui les outils à disposition des chercheurs pour engager une recherche participative au Népal ? Parmi les options, le théâtre est resté en marge des propositions, en dépit de son histoire et de son potentiel démocratique dans le contexte politique du Népal (Mottin, 2018). Intéressée d’abord par une géographie du genre dans les espaces du sud de l’Annapurna, ma recherche s’est rapidement confrontée à la question d’une méthode d’enquête qui puisse encapaciter les enquêté·es plutôt que de les déposséder. Peut-on partager la réflexivité qui est d’habitude l’apanage des chercheur·es ? Mais encore comment se mettre à l’écoute des récits intimes, corporels et émotionnels sans trahir ou voler une parole ? Enfin peut-on trouver un lieu qui offre une manière plurielle de se raconter, une pratique pour interroger et transformer la nature des rôles sociaux qui s’imposent à nous ? Soucieuse de créer un cadre pour énoncer des savoirs collectivement, ma recherche a mis en place durant deux ans des sessions de théâtre dans le village de Sirubari, en collaboration avec Pariksha Lamichhane, une comédienne de Katmandou. Partant toutes deux du principe que les savoirs sont des pouvoirs, le « théâtre déclencheur » que nous avons mis en place repense la possibilité de faire de la recherche ‘avec’ et non pas ‘sur’ des personnes, pour horizontaliser les figures d’expertises à partir des langages du corps. Prenant le théâtre non pas comme objet d’étude mais comme une méthode de recherche, je présenterai l’intérêt de ces ateliers de théâtre déclencheur, depuis leur difficile mise en place jusqu’à la restitution de cette recherche sous la forme d’un ouvrage collectif porté au village.